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vendredi, juillet 24, 2026

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Diplomates et universitaires réunis à Ankara pour prévenir un conflit de grande ampleur

ANKARA — Organisée les 7 et 8 juillet par le Centre de recherche de la World Civilisations Initiative, l’Alliance Conference to Prevent a Major War a réuni dans la capitale turque des représentants gouvernementaux, des ambassadeurs, des généraux à la retraite, des responsables de partis politiques et des intellectuels originaires de 19 pays.

Parmi les délégations figuraient notamment des représentants des États-Unis, du Royaume-Uni, d’Allemagne, d’Espagne, de Suisse et de Grèce. Les débats ont porté sur les moyens d’éviter un conflit plus vaste, ainsi que sur le renforcement de la coopération entre la Turquie, la Russie, la Chine et l’Iran.

Les intervenants alertent sur les risques d’escalade

L’ancien analyste de la CIA Larry Johnson a qualifié l’Ukraine de foyer de tensions particulièrement sensible. Selon lui, une implication directe de l’OTAN pourrait accroître le risque d’escalade nucléaire. Il a également estimé que la Russie pourrait, dans certaines circonstances, envisager le recours à des armes nucléaires tactiques.

Le contre-amiral turc à la retraite Deniz Kutluk a présenté plusieurs scénarios susceptibles de conduire à une guerre de plus grande ampleur. Dans l’hypothèse la plus grave, une nouvelle escalade pourrait aboutir à l’utilisation d’armes nucléaires tactiques visant des capitales européennes, puis déboucher sur un conflit généralisé. Selon lui, l’Europe et la Russie auraient davantage intérêt à se considérer comme des partenaires géopolitiques, alors que leurs relations sont entrées dans une période d’instabilité.

Dimitris Konstantakopoulos, ancien conseiller du Premier ministre grec Andreas Papandreou, a pour sa part estimé que l’aggravation des tensions en Ukraine et en Asie occidentale pouvait accroître le risque d’une confrontation nucléaire. Il a appelé à la désescalade, tout en regrettant que peu de forces politiques européennes prennent pleinement la mesure du danger.

Un appel à la diplomatie et à l’autonomie stratégique de l’Europe

La politologue allemande Ulrike Guérot a appelé à réexaminer le rôle de l’OTAN et à renouer rapidement avec la voie diplomatique. À ses yeux, le conflit ne s’explique pas uniquement par les actions de la Russie. Il résulte également, en partie, de l’implication de l’OTAN et de la stratégie à long terme des États-Unis.

Ulrike Guérot a aussi mis en doute la capacité de la politique européenne actuelle à servir les intérêts propres du continent. Jugeant irréaliste la recherche d’une victoire militaire totale, elle a plaidé pour une reprise du dialogue diplomatique, en remplacement de politiques qui, selon elle, contribuent à prolonger la guerre.

Javier Hurtado Mira, président de l’European Democratic Youth Community, a estimé que l’Union européenne ne disposait pas d’une politique étrangère indépendante sur le dossier ukrainien. Il a appelé à réévaluer le rôle de l’OTAN ainsi que les mécanismes de décision à Bruxelles.

Il a également souligné que les jeunes générations supportaient une large part du coût humain des guerres. Il a exhorté les gouvernements à privilégier la négociation et le dialogue plutôt que des politiques susceptibles d’accentuer les tensions.

La stratégie de l’OTAN remise en question

Le professeur britannique Richard Sakwa a distingué trois phases dans l’évolution de l’OTAN. Selon lui, l’Alliance atlantique entre désormais dans une nouvelle période, qu’il qualifie d’« OTAN 3.0 ». Cette étape impliquerait une prise en charge accrue de l’effort militaire par les pays européens, permettant ainsi aux États-Unis de concentrer davantage leur attention sur d’autres régions, notamment la mer de Chine méridionale et Taïwan.

Richard Sakwa a ajouté que ce modèle remettait au premier plan la volonté de contenir l’influence russe. Il a également jugé que la conférence d’Ankara n’avait pas permis de dégager une approche durable de la guerre en Ukraine. Selon son analyse, chercher à contraindre la Russie à négocier principalement par la pression militaire risque au contraire d’alimenter l’escalade.

Le vice-amiral allemand à la retraite Kai-Achim Schönbach, qui a commandé la marine allemande jusqu’en 2022, a affirmé que l’Europe n’avait jamais été aussi proche d’une guerre majeure depuis la crise des missiles de Cuba. Il estime que le conflit aurait pu être évité et attribue son escalade à des évaluations insuffisantes des risques, aux rapports de force politiques et à une prise en compte trop limitée des causes historiques.

S’appuyant sur son expérience militaire, Kai-Achim Schönbach a conclu qu’une diplomatie fondée sur le respect mutuel et l’égalité entre les parties restait le moyen le plus efficace d’empêcher l’élargissement du conflit.

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