Qatar 2022 : Vince utiliserait des migrants comme ouvriers et comme matériaux

Même le soleil qatari ne semble pas de taille à disperser les nuages noirs qui s’amoncellent au-dessus des chantiers de Vince dans le Golfe persique. Après plusieurs plaintes d’ONG et plusieurs enquêtes indépendantes (notamment un reportage d’Elise Lucet, qui a passé plusieurs mois déguisée en ouvrier pakistanais afin d’infiltrer les chantiers eux-mêmes), les révélations sont tombées : non seulement le groupe de BTP utiliserait des migrants comme ouvriers pour les exploiter, mais, plus surprenant encore, en utiliserait une partie directement comme matériaux dans la construction des stades.

Nous avons joint le service relations publiques de Vince afin d’en savoir plus. Quentin Filsdeup, responsable des opérations Moyen-Orient & Golfe Persique, a accepté de répondre à nos questions. M. Filsdeup nous a ainsi expliqué que Vince n’a fait que respecter les contrats passés avec l’émirat persique : “le Qatar souhaite profiter de la Coupe du Monde pour mettre en avant l’image d’un pays qui change, capable de se tourner vers le futur. L’écologie était donc au coeur de nos préoccupations, et nous avons proposé des modèles de stades à la construction entièrement auto-suffisante, où ouvriers et matériaux ne font plus qu’un. Si on pouvait les nourrir avec du béton, le cycle serait même complet”, a-t-il ajouté.

M. Filsdeup a par ailleurs détaillé le mode de production de Vince au Qatar : “l’ouvrier idéal, c’est le mineur orphelin. N’ayant pas de parents, il n’a personne pour signer de contrats pour lui, et peut par conséquent commencer à travailler directement sans être empêtré dans des complications administratives. Une grande partie de sa journée est dévolue à des activités productives, mais c’est pour lui éviter d’avoir trop de temps libre pour penser à tout ce qu’il a déjà vécu, ça pourrait le briser. Ceux qui ne sont hélas pas assez productifs se voient toutefois pleinement intégrés au chantier, en servant de fondations et d’armatures ; la vie les a abandonné, mais pas Vinci. Bien sûr, nous maintenons un nombre important d’ouvriers en vie. Il nous faut du monde pour couler le béton sur les os, et nous ne somme pas des monstres”.

Face aux diverses plaintes et accusations qui pleuvent sur le groupe, M. Filsdeup préfère défendre, selon ses propres termes, “un business model qui a fait ses preuves” : “je ne comprends pas l’acharnement dont Vinci est la cible. Nous utilisions déjà ce mode de production dans les années 80, notamment en Irak où nous mettions à profit les escla … les populations kurdes et les opposants au régime, et à l’époque M. Hussein avait publiquement reconnu notre mérite en tant que pionniers du BTP vert. Mais ici on est plus fermé d’esprit qu’au Moyen-Orient, on fait tout pour descendre les entreprises innovantes comme Vince, et c’est bien dommage”.

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