Cet article n’explique rien de nouveau mais une petite histoire personnelle.

Hand of pleased and relaxed female lying on bed while man caressing her

Je suis un homme blanc hétéro cisgenre dans le début de sa vingtaine. De mémoire, je n’ai jamais subi aucune oppression ou rejet ou alors si infime, que je ne m’en rappelle plus. Je suis monsieur tout le monde car ce que j’écris peut être écrit par n’importe qui et que d’autres personnes, notamment des femmes, auraient une légitimité bien supérieure à écrire ces lignes.
Je m’excuse d’avance pour certaines phrases qui peuvent être mal formulées, ou si quelque chose est mal dit. Mettez ça sur le compte de l’ignorance et sur le fait que je ne suis pas journaliste.

Avant de raconter ma petite histoire, j’aimerais établir quelques faits sur mon mode de pensée et ma vision des relations homme-femme.

Les concepts de masculinité et de féminité me semblent aberrants ; le fait qu’une femme est supposée être raffinée, remplie de grâce et qu’un homme se doit d’être viril et protéger sa famille etc. sont d’une absurdité énorme, et on le voit en permanence. Dans Top Chef par exemple, le mec présente une assiette raffinée : « Oui, j’ai fait une assiette légère et féminine », ça veut dire quoi ?! T’aurais posé une galette de purée avec des saucisses au- dessus, t’aurais dit que c’est une assiette virile et masculine ?

Second point, les hommes se tirent une balle dans le pied en perpétuant cette culture sexiste. Pourquoi, à votre avis, peu de femmes vous abordent ? Pourquoi elles ne vous calculent pas quand vous faîtes les cons en boite? Et tout simplement, pourquoi vous galérez à pécho ? Je compte même plus le nombre de mecs random qui me lâchent des phrases ignobles, sans pression, du genre : « Tu vois cette meuf ? Elle est tellement moche que je la baise pas » ou encore « Tu la trouves comment (en me montrant un photo d’une meuf sur insta), je l’ai démonté dans un taxi hier soir ».

Réactions possibles ; A) tarte dans la gueule B) l’humilier en public C) prendre le temps de lui expliquer pourquoi on ne peut pas dire des choses comme ça. Je choisis A et B. Selon moi, il y a 99% de chances que le mec ait internet, et que bien qu’il ait conscience de la situation des femmes au quotidien, il continue de se comporter comme ça. Tant pis pour lui.

A titre informatif ; j’ai fait parti, dans une moindre mesure heureusement, de ces mecs et je sais de quoi je parle.

Bref, commençons.

J’aime le sexe, de manière presque obsessionnelle, pas tellement l’acte en lui même mais tout ce qu’il implique et représente. Et donc, je multiplie les partenaires. C’est grâce à elles que je me suis rendu compte de ce que les femmes subissent au quotidien. J’imagine déjà certaines femmes penser « encore un qui pense avoir tout compris … ». C’est loin d’être le cas et si de mon point de vue masculin, j’ai réussi à percevoir ça, je n’arrive même pas à imaginer la partie immergée de l’iceberg.

Au début de ma vie sexuelle (15 ans), je couchais avec des femmes sans avoir conscience de ce qu’elles vivaient. Je savais que le sexisme existait mais cela restait un terme abstrait qui traduisait ; inégalité salariale, délit de faciès à l’embauche etc. J’étais juste en mode «trop bien, nous sommes deux personnes qui aimons baiser, c’est cool». En conséquence, j’utilisais des mots comme « pute » ou « salope » sans en sentir le poids.

Je ne l’ai pas compris tout seul, c’est lorsque je me suis mis en couple à 18 ans, que mon ex me l’a fait réaliser. Je suppose que par amour, elle a prit le temps de m’éduquer, de m’expliquer comment elle vit au quotidien. Elle a partagéle fait qu’elle fait attention à comment s’habiller pour ne pas se faire harceler, qu’elle a peur de rentrer seule la nuit et qu’elle doit tout le temps être raccompagnée chez elle (je pensais alors que c’était un reste d’une tradition de galanterie). Pendant notre relation, j’ai changé mon comportement et j’ai évolué. C’est surtout après notre rupture que ces réalisations sur le monde se sont concrétisées.

J’ai repris mon train de vie libidineux. Quelques jours après notre rupture, une fille passe la soirée chez moi, on finit par s’embrasser et je m’arrête pour lui demander ; « Je peux enlever ton soutien-gorge ? »

–  (Surprise) Hahaha, oui tu peux.

  • –  Haha ? ok

Je comprends pas trop pourquoi elle est étonnée mais bref, on finit notre affaire puis s’ensuit une discussion sinistre :

  • –  T’es le mec le plus gentil avec qui j’ai couché.
  • –  (incompréhension totale) Pourquoi ?
  • –  Bah en général, on ne me demande pas mon avis et si je suis pas trop partante, le mec lâche un truc du genre « oh allez quoi ! »

Cette simple phrase n’a en fait rien d’un compliment. Je me suis comporté en mec normal, j’ai demandé la permission à une personne de partager son intimité avec moi et je suis devenu le « Nice Guy ». C’était l’une des choses les plus tristes que j’ai entendue. Je pensais que c’était un cas exceptionnel … et bah putain, je venais à peine d’effleurer la réalité.

Quelques jours plus tard je sors de boite avec une fille qui vient de m’embrasser :

  • –  Tu veux qu’on passe la soirée ensemble ?
  • –  Oui mais je peux pas, je suis pas épilée.
  • –  Hahaha j’en ai rien à foutre perso, moi non plus je me suis pas épilé.
  • –  (rit aussi) C’est cool de ta part mais j’ai couché que avec des mecs qui aimaient pas les poils et je me sens pas à l’aise si je suis pas rasée.

Elle rentre chez elle. C’est à dire que tellement de mecs lui on dit de manière implicite ou explicite que son corps au naturel était laid, qu’elle ne s’acceptait plus telle qu’elle était. On couchait ensemble la semaine suivante, donc l’argument « LOL, ELLE TE TROUVAIT MOCHE EN FAIT PTDRRRR » ne marche pas.

On peut blâmer ça sur la culture porno et sur la publicité. D’ailleurs, à tous les mecs qui pensent que le porno c’est du sexe : il y 99% de chances que vous soyez un mauvais coup. Vous voyez dans les pornos le mec demander ce que la meuf aime et inversement ? Non. Demandez et écoutez votre partenaire, essayez des choses ensemble mais ne partez pas en freestyle.

Une autre fille passe la soirée chez moi. On regarde un film, on rigole, on s’embrasse puis je lui dit :

  • –  Tu veux le faire ?
  • –  Je l’ai pas souvent fait, hein.
  • –  C’est pas grave, on est pas obligés de le faire si tu le sens pas. On peut juste en rester là et parler.

Finalement on le fait, puis après :

  • –  En général, on ne me pose pas la question. Le mec prend les devants et fait son truc. J’ai jamais vraiment eu le choix.
  • –  Mais tu dis pas « non » quand t’as pas envie ?
  • –  Si, mais le mec a l’air déçu et agacé.

On en discute et on en finit par conclure que le respect d’une personne est une option chez les mecs, comme si ça faisait partie de l’abonnement premium. Mais ce n’est pas le pire. Hier soir, je vais chez une fille rencontrée plus tôt dans la semaine, blabla film, blabla embrassade :

  • –  Il est tard et je dois me lever demain ; ça te dérange si on le fait un autre jour ?
  • –  Nan pas de soucis. T’as pas à me demander si ça me dérange.
  • –  T’es pas énervé ?
  • –  Hein ?
  • –  En général les mecs sont en mode « vas-y, je me déplace jusqu’ici et on baise même pas ? »

    Je sais pas trop comment conclure à vrai dire, ça m’attriste. On a réussi à détruire des personnes et quelque chose de magnifique. Je ne suis pas un ange. Il m’arrive encore aujourd’hui d’avoir un comportement sexiste et de blesser des personnes. Au moment où je réalise ça, je n’arrive même pas à me regarder dans un miroir et j’ai la nausée.

    Je n’ai pas de conseils à donner aux femmes, ce n’est pas ma place. Mais à tous ces mecs qui réduisent en pièce des gens en ne demandant pas l’aval de la personne, ceux qui pratiquent le Body Shaming, le Slut Shaming, ceux pour qui « non » est un mot vide ou ceux qui s’énervent en l’entendant ; vous avez même pas idée de ce qui va vous arriver dans la gueule. Le monde change lentement mais il change, et vous deviendrez vite obsolète.

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