La Rotonde, la nuit du 5 au 6 mai 2018, minuit et demie. Les serveurs nettoient les tables, rangent les chaises et effacent les dernières traces d’une soirée donnée par l’un des plus illustres de leurs concitoyens : Emmanuel Macron, avec quelques intimes et quelques journalistes « proches » vient de fêter sa première année à l’Élysée. Une fête plutôt fastueuse, payée par l’intéressé lui-même, comme il a aimé à le rappeler : « Comme les croquettes de Brigitte, ou le dentifrice de Némo, cette soirée est entièrement financée par moi et non par le contribuable ! »

Revenons deux heures en arrière ; la fête bat son plein : le vin est bon, le repas est somptueux (le Président a des goûts de luxe). Le dessert arrive, et là, le chef de l’État va se livrer à quelque confidence peu banale : « La démocratie est malade savez-vous, et cette maladie c’est le suffrage universel ; donner le droit de vote sans contrepartie, c’est le plus gros problème de nos démocraties : Orbán, Erdogan, Trump sont le produit du suffrage universel. » Un ange passe, personne ne réagit. S’agit-il d’un trait d’humour ? Personne ne le sait et personne n’ose réagir (le Président n’aime pas être coupé, même dans ses silences) et donc, naturellement, Emmanuel Macron poursuit : « Comprenez-moi bien : je trouve normal que le peuple s’exprime. Mais peut-on décemment admettre qu’un chômeur sous-diplômé, raciste, inculte, qui pense que la terre est plate  à autant à dire qu’un travailleur bac+5, qui paye des impôts, lit deux livres par mois, fait du bénévolat auprès des SDF ? Moi, je ne le pense pas. L’honnêteté me pousse à vous dire que le suffrage universel est d’une autre époque, et que je souhaite sa disparition d’ici la prochaine élection présidentielle… Si tant est qu’il y aura une prochaine élection présidentielle mais cela fait partie d’un projet plus vaste. Je n’en dirai pas plus pour ce soir ! » Conclut-il non sans une certaine malice (le Président aime laisser planer le mystère). Ces propos, retranscrits par un journaliste d’un quotidien célèbre ont été confirmés par certains proches du président. Un membre du gouvernement confirme : « Oui, il y a bien  un chantier visant à réformer le droit de vote. En gros, ce ne serait plus systématiquement ocrtoyé à la majorité : il faudrait payer un impôt pour cela, y compris pour les chômeurs. Le souhait du Président, c’est de mettre un terme à la démagogie : si seuls les gens aisés peuvent se permettre de voter, il sera inutile de promettre n’importe quoi, car les gens riches sont plus intelligents ; ils réfléchissent quand ils votent. Cela ouvrira la voie vers un pouvoir politique plus stable et préparera un avenir meilleur pour la jeunesse  Vous savez, j’aime à dire que la jeunesse est au futur ce que le participe est au passé. » Sur ces paroles énigmatique, ce haut représentant de l’État a mis fin à la conversation. Quant au « projet plus vaste », certains proches, avec une pointe d’humour,  n’hésitent pas à parler d’un Troisième Empire et surnomment leur chef « Macroléon ». Une chose est certaine en tout cas, la démocratie est malade, en effet. Et comme l’a dit le Président, bon nombre de personnes dangereuses ont été élues au suffrage universel : Orbán, Erdogan, Trump… et Macron !

L’occasion est très belle, en effet : l’opposition, toujours en lambeaux, écartelée entre des militants extrémistes, peine à se faire entendre sur un discours cohérent face à ce rouleau compresseur macronique. Ironie du sort : la fin du suffrage universel pourrait être ratifiée… par référendum !

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