Avant tout, sachez que nous ne réagissons pas à cette loi parce que nous avons peur pour notre site, globalement on s’en fiche d’être blacklisté et comme nous l’expliquons ci-dessous, nous trouverons toujours les moyens de contourner cette loi. 

Cet article est probablement le plus long et le plus sérieux jamais écrit sur Nordpresse. Si vous avons pris le temps de lire, d’analyser et de commenter ce projet de loi « Fake News », c’est parce qu’il s’agit d’un terrible pieu dans le coeur de nos démocraties, de nos valeurs et parce que cette loi possède en son sein toutes les armes dont rêverait un pouvoir despotique.
Dans la Bande dessinée « La Présidente », une scène illustre parfaitement ce que l’on pense de cette loi. Marine Le Pen, arrivée au pouvoir, ricane en expliquant à un proche qu’elle n’a nullement besoin de faire passer des lois liberticides pour appliquer son programme. Parce que François Hollande et les gouvernements précédents l’ont fait avant elle. Elle dispose de tous les outils pour assoir son pouvoir d’une manière totalitaire.

Décryptage et opinions sur le projet de loi:

D’une manière globale, on remarque que le personnel politique ou para-politique qui a préparé cette loi n’a basé ses conclusions que sur un point de vue de manipulation de l’opinion par une puissance étrangère via les réseaux sociaux. Et cette puissance étrangère, c’est la Russie.
Or, si il est clair que les Russes disposent d’une agence qui désinforme, trolle et oriente le débat à l’étranger, ils ne sont pas les seuls…

Et si le phénomène de manipulation de l’opinion américaine lors de l’élection 2016 est prouvé, il est très surévalué, comme l’explique un récent rapport à lire ici

Comme à chaque fois dans l’histoire où un phénomène émerge dans la société, de nombreuses personnes et entreprises cherchent à vendre les médicaments visant à soigner la maladie. Ces vendeurs de solutions ont souvent tendance à exagérer l’étendue du problème pour continuer leur business, voire à l’encourager. On l’a vu récemment dans la lutte contre la radicalisation et c’est d’autant plus marquant ici. Voyez notamment Publicis qui veut créer un outil pour identifier et valider des sites.
Exemples de contenus identifiés par les USA comme ayant été financés par l’agence de propagande Russe « Internet Research Agency »:

Les montants investis par l’agence en publicité sur Facebook dans les publications identifiées comme de propagande sont finalement assez ridicules dans leur globalité.
Et alors qu’on a pointé du doigt les Russes depuis plusieurs mois pour leur rôle dans le Brexit (ce qui a poussé la création de la loi), on sait désormais que c’est à priori totalement faux ou surestimé. 

D’un point de vue purement politique, nous pensons que ce type de loi est une chimiothérapie pour soigner des écorchures.
Nos gouvernants cherchent aujourd’hui à trouver une raison extérieure à la crise de confiance des peuples. Or, si l’élection de Donald Trump a assurément été influencée par les fausses informations, le mal de la société américaine et sa défiance envers l’establishment sont bien plus profonds.

Le texte cherche à responsabiliser les réseaux sociaux dans les contenus qui sont sponsorisés et rapportent donc de l’argent au réseau. Or, le qualificatif de fausse information étant par nature interprétable, comment Facebook pourrait, au nom de la vérité, retirer une telle publication ?

Ce genre de publication, absurde au premier abord, ne peut pas être qualifiée de fake news puisqu’elle dépend d’une forme de foi. Certes, on pourrait considérer que toutes les religions sont des « fake news » par essence, mais cela risque d’échauffer les esprits des quelques 6 milliards de croyants de la planète.

D’une manière plus générale, comment un juge va-t-il pouvoir définir le caractère erroné d’une information ? Si l’information est « Le Pape a appelé à voter pour Marine Le Pen », on peut aisément le vérifier. Mais si il s’agit par exemple d’une affaire comme celle du (faux) compte de Macron aux Bahamas ?
Le juge devrait, selon le projet de loi, trancher dans les 48h et pourrait dans ce délai faire supprimer un contenu. Mais on l’a vu à de maintes reprises, des informations sorties par la presse mettent parfois des mois, voire des années, à être confirmées d’une manière absolue par une décision de justice ou des aveux. L’affaire Cahuzac en est un très bon reflet puisque encore et encore, l’ancien ministre a martelé qu’il s’agissait de fausses informations. Dans ce cadre, une telle loi fait que faute de preuve, il faudrait censurer.

Il suffit de montrer les preuves ? 

Oui, en théorie, mais le journalisme repose sur la protection des sources et dans de nombreuses affaires, il n’est pas possible de sortir une preuve dans dévoiler la source. Une affaire Cahuzac avec une telle loi aurait donc potentiellement été étouffée en empêchant quiconque de diffuser de l’information tant que la justice ne s’en est pas chargée. Et on sait aussi à quel point la justice (malheureusement) a besoin d’avoir une explosion médiatique pour prendre en charge un sujet. 

La dernière phrase du passage ci-dessus, qui indique qu’il doit être indiqué clairement qu’il s’agit d’une publication mise en avant contre rémunération est obsolète puisque c’est déjà le cas.

Dans ce passage, qui continue à insister sur les publications sponsorisées, on réalise qu’il y a une véritable méconnaissance du sujet. Si il est compliqué d’estimer précisément la diffusion de fausses informations et son nombre de lecteurs, il est clair que dans les exemples du rapport Mueller, la portée d’audience des publications est ridicule en comparaison de publications, non sponsorisées, qui ont rythmé la campagne. La plupart des audiences décrites dans le rapport sur des publications sponsorisées par l’Internet Research Agency sont bien souvent en dessous de celles générées par notre propre page Facebook.

On a ensuite une mention de bots, de faux comptes, pour générer de la visibilité et augmenter l’apparence de portée des contenus. Or ce type de technique est (malheureusement) utilisée partout et même directement par l’équipe d’En Marche comme expliqué dans ce lien.

Dans cette partie, il s’agit principalement de mesures permettant de museler la chaîne de télévision RT (Russia Today). Si le texte ne vise évidemment aucun média en particulier, Emmanuel Macron a déjà conspué plusieurs fois RT sur son rôle d’influence et de désinformation.

A noter qu’il y a un point que personne n’a relevé, mais cette loi permettrait en fait de bloquer l’accès aux sites Belges et Suisses, habitués à diffuser les résultats de sondages à la sortie des urnes lors d’élections présidentielles.

Sur ce cas, il est clair que ces résultats partiels, diffusés dès 17h, ont une influence sur l’élection quand celle-ci est ouverte au vote jusque 20h. Et en l’occurence, ces résultats sont parfois assez éloignés de la réalité puisque basés sur des sondages à la sortie des urnes en principe interdits. Lire la réaction d’OpinionWay sur la RTBF en 2017.

Les articles de loi:

Il s’agit ici globalement de définir qu’un réseau social comme Facebook va devoir non seulement donner le nom de la personne physique ou morale qui commandite la diffusion d’informations sponsorisées, mais également de diffuser le montant. On est là dans une exigence qui ne sera jamais appliquée.

 Dans un pays comme la France où l’État n’est même pas capable de faire appliquer la loi sur la publication des comptes pour des sociétés agissant sur son propre territoire, on a du mal à croire que cela pourrait être mis en place, il est inconcevable, pour des raisons évidentes de stratégie commerciale, que Facebook accepte de divulguer les sommes perçues par certains de ses clients.

Sur le déréférencement et la suppression.

Il est complètement illusoire de croire qu’une loi va permettre d’empêcher la diffusion de liens internet. Nous l’observons quotidiennement avec des liens bloqués par les FAI de nos pays, tels que les liens de warez. Prenons le site piratebay.org

Si l’accès est bloqué en Belgique, il suffit de taper sur google piratebay pour voir un lien qui nous propose des sites miroir. Ces sites sont faciles, rapides et peu coûteux à mettre en place. Tout l’inverse de la justice qui sera dès lors toujours en retard et subira un fort dommage en terme de temps et d’argent. Dans le cas qui nous occupe, un site internet « ayant l’air » d’un véritable site d’information, avec une nouvelle adresse URL, peut être créé en 30 minutes pour à nouveau désinformer. Il est impossible d’appliquer efficacement cette mesure.

 

 

Dans cet article, nous sommes toujours dans des demandes absurdes, impossibles à mettre en place et liberticides. Il n’est pas défini puisqu’indéfinissable ce qu’est une fausse information. Quelle est la limite entre la désinformation, la satire, la parodie ? Doit-on considérer que c’est un juge qui doit trancher sur l’humour ?
Doit-on considérer comme normal que des sociétés, des personnes, ont basé tout un fond de commerce sur le mensonge, la désinformation (comme l’industrie de l’homéopathie) mais que certains mensonges soient plus dérangeant que d’autres ?

Il est probable que la loi s’appuie lors de sa mise en oeuvre sur les « vérificateurs d’informations » pour décider de la vérité. (Nous n’apprécions pas de diffuser des liens de Valeurs Actuelles mais malheureusement dans ce cas, ils sont quasiment les seuls à avoir traité le sujet). Nous donnons donc à des médias détenus par des pouvoirs financiers et gavés d’aides publiques le pouvoir opaque de la vérité.

Cette loi est un fourre-tout absolu qui est à la fois dangereux et impossible à appliquer.

Plutôt que de chercher à construire un esprit critique, on cherche à museler l’information. Plutôt que de donner au peuple les armes pour éviter les pièges, on veut lui masquer les yeux et le guider par la main.

Nous sommes en train de donner toutes les armes à l’extrême droite. Nous sommes en train de réaliser le fantasme de tous les conspirationnistes. Nous sommes en train de créer un outil de censure global, opaque et dans les mains de quelques puissants. Il est temps de réagir.
Nous avons vu le monde se lever contre les décrets « brisant » la neutralité du web aux USA. Cette loi est encore bien pire. 

Si le sujet vous intéresse, je donne fréquemment des conférences sur le sujet, organisables où vous voulez, centre culturel, écoles, entreprises… (Qu’est ce que je vous disais sur les gens qui vendent leur came sur les problèmes de la société 😉 )

Vincent Flibustier

Le projet complet en PDF

Commentaires