Étron, débat public, journalisme : ce qu’il fallait retenir du procès Sudpresse contre Nordpresse !

25 mars 2017
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Ce jeudi 10 novembre 2016 se tenait le procès tant attendu de Sudpresse contre Nordpresse. Salle comble de près de 200 personnes, file d’attente jusqu’à la rue voisine pour pouvoir y rentrer, l’audience a d’ailleurs commencé avec 1 heure de retard soit à 15h00 au lieu de 14h00, pour se terminer à 18h00.

NDLR: Ce qui est en vert a été ajouté par Vincent Flibustier à l’article. Et pour les fautes, on dira que c’est pour faire « + Sudpresse » et pas parce que j’ai la gueule de bois.

Premièrement, on peut dire que les fans de Nordpresse venus soutenir la cause ont bien foutu le bordel puisqu’à cause des mesures de sécurité à l’entrée du Tribunal, il y avait beaucoup trop de monde et de nombreuses autres audiences ont été retardées. Au bout de 45 min à fouiller tout le monde « normalement », finalement la sécurité a laissé passer les 100 dernières personnes sans le moindre contrôle #SécuritéenBelgique

Pour un petit rappel des faits, visionnez notre article ici.

L’audience a débuté par la plaidoirie de l’avocate de Sudpresse.

« Étron, merde » ces mots durs ont raisonnés plusieurs fois dans la salle. En effet, pour situer la ville où habitait le journaliste qui avait fait la carte des musulmans « découvrez combien vous en avez dans votre commune », j’avais mis un caca sur l’arrondissement de Namur. Ce qui semble avoir beaucoup choqué l’avocate de Sudpresse « Un étron madame la présidente, il considère mon client comme une MERDE, une MERDE madame la présidente ». Il s’en suivra plusieurs « menaces » proférées par les fans de Nordpresse, comme quelqu’un qui a dit « Coucou » sur Twitter….

Selon l’avocate, Vincent Flibustier (le rédacteur de Nordpresse dont son vrai nom a été divulgué durant l’audience mais que j’ai oublié) aurait publiquement retranscrit des informations privées d’un journaliste de Sudpresse (la victime en question, dont nous tairons le nom afin d’éviter un nouveau procès et qui n’était même pas là) dans un article de Nordpresse et sur Facebook : le nom, le prénom, le compte Twitter ainsi que la ville où il habite (qualifié par un étron sur une carte, une « merde » comme elle a si joliment dit).

Toujours selon ses dires, Vincent aurait qualifié le journaliste de « raciste, incitant à la haine ». Il aurait également demandé aux lecteurs de Nordpresse d’insulter ce journaliste sur son compte Twitter. Des détournements de photos auraient été publiées, une des photos a été Hitlerisée, l’autre le transformait en clown.

En fait c’était une photo où, étant sur smartphone, j’avais juste colorié sur son visage pour l’anonymiser.

La raison de cet acharnement ? L’article de Sudpresse contenant la carte interactive du « pourcentage de musulmans dans votre commune » qui de base n’est apparemment pas celui du journaliste de Sudpresse car il n’a fait que relayé une information qui datait de quelques années publiées auparavant par d’autres médias.

Bref, l’avocate de Sudpresse, qui se présentait comme l’avocate du journaliste et pas de Sudpresse alors qu’elle est aussi l’avocate de Sudpresse en général (quel hasard qu’il ai pris le même avocat que son patron) essayait dans sa plaidoirie de démontrer que j’essayais de détruire la vie de ce journaliste et que je l’ai fait en publiant le premier article sur sa ville en réaction aux musulmans, mais également en publiant la citation à comparaitre et tous les documents de justice concernant l’affaire. Evidemment, elle « oubliera » de rappeler que dans chaque document publié, j’ai anonymisé tous les noms afin de justement ne pas basher le journaliste mais attaquer SUDPRESSE. A l’exception d’une photo oubliée sur un des documents. La juge me demandera si je peux la retirer après l’audience, j’ai alors pris mon téléphone et l’ai viré directement.

N’ayant que très peu d’arguments, l’avocate a dû les répéter en boucle (pour au moins tenir 1 heure face au juge) et la salle s’est endormie, un bon tiers du public a réussi à s’échapper.

Personnellement j’ai demandé à mon avocat pendant la plaidoirie adverse si ça serait vraiment mal vu que je sorte boire un café en face 1/2h parce que je m’ennuie et il m’a dit qu’il valait mieux éviter 😀
Néanmoins, à force de mattraquage, de démonstrations idiotes sur le fait que j’étais un méchant connard qui fait penser aux pire heures de notre histoire, j’ai presque failli par y croire. Elle a même expliqué à un moment que j’étais un menteur, que l’affaire n’était pas Sudpresse contre Nordpresse mais uniquement son journaliste contre moi et que si j’avais réussi à tromper tout mon public, la justice ne devait pas être dupe 😀


Mention spéciale pour cette déclaration visant à faire de moi un immonde personnage aux yeux de la juge:

« Excusez la vulgarité des propos Madame la Présidente mais voici ce que Vincent Flibustier a dit dans une interview: « Je me gratte les couilles jusqu’à ce que j’ai une idée qui puisse faire cliquer les gens » ».

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Les avocats et Vincent Flibustier jouent à Pierre Papier Ciseaux pour déterminer le vainqueur.

L’audience se réveille : Me Jacques Englebert, avocat de Nordpresse sort les arguments bombes.

« Le journalisme n’est pas une profession mais une fonction qui appartient à chacun. »
– Me Jacques Englebert, 10 novembre 2016.

Non, les informations du journaliste de Sudpresse n’étaient pas privées : la photo vient de LinkedIn, son nom et prénom sont publiques et d’autres informations sont facilement trouvables sur d’autres réseaux sociaux (l’avocat énumère une longue liste dans laquelle on retrouve ces informations ainsi que des vidéos ou apparait publiquement le journaliste). De plus seul la ville où habite le journaliste avait été divulguée par Vincent. Cependant Sudpresse a, dans un article, publié expressément l’adresse entière du père d’un terroriste (qui n’en peut rien des conneries de son fils). Incitation à la haine ?

L’avocat a également précisé que l’article que je leur reproche (carte des musulmans de Belgique) avait comme sous-titre « Découvrez dans votre commune… » et qu’il s’agissait donc bien d’attiser la peur et la haine et que la société n’avait pas besoin de ça dans le climat de replis actuel. Il a haussé la voix et c’était fort. 2 personnes ont applaudi dans le fond de la salle, la juge les a menacé d’être sortis si cela se reproduisait « on est pas au théâtre ».

Oui, Sudpresse incite à la haine :

« Il est hallucinant de voir qu’en reprochant à Nordpresse de violer la vie privée et la dignité humaine, Sudpresse reproche ce pour quoi il est condamné quotidiennement. »
– Me Jacques Englebert, 10 novembre 2016.

Car Sudpresse est le journal pour lequel on porte le plus de plaintes en Belgique, en effet ils ne respectent pas la déontologie qu’ils devraient avoir en tant que médias « sérieux ». L’article sur les musulmans de Belgique précise bien dans votre commune, donc veut vous faire comprendre qu’il y a trop de musulmans chez vous et incite donc à la haine.

Jacques Englebert a ensuite continué à démonter point par point l’argumentaire de la partie adverse, prouvant qu’il s’agissait bien d’un procès Sudpresse contre Nordpresse et pas d’un procès privé entre un journaliste de grand talent et un connard qui se gratte les couilles. Notamment en expliquant que Sudpresse a déjà déposé une plainte au pénal parce que Nordpresse avait posté la photo de la journaliste qui a donné l’adresse du père d’un terroriste du Bataclan. Et vu que ça n’a rien donné au pénal, on essaye au civil, on utilise la poursuite baillon dans le but de faire taire Nordpresse sur les dérives de Sudpresse.


Jacques Englebert continue ensuite sa plaidoirie en montrant ce qu’est un véritable appel à la haine (qui n’est pas qu’un coucou) en lisant des commentaires trouvés sous des articles du journaliste de Sudpresse plaignant:

– (A propos d’un centre d’accueil pour réfugiés) Il faudrait brûler ce centre pour réfugiés avant qu’ils arrivent comme ça on ne les a pas chez nous

– Bien dit, il faut empêcher qu’ils arrivent

– Non, il vaut mieux attendre qu’ils soient dedans et puis hop, Napalm.

Notre avocat s’emballe ensuite encore un peu plus lorsqu’il parle de la raison pour laquelle on nous attaque.

En effet, à l’origine, la citation à comparaître portait sur l’article à retirer. Or, quand on l’a reçue, il était déjà retiré. Donc il n’y avait plus d’affaire. Sauf que vu qu’on a posté la citation à comparaître sur Nordpresse pour se moquer d’eux, ils ont changé l’objet de leur affaire et l’audience d’aujourd’hui avait notamment pour objet le fait qu’on ai publié… le document qui nous attaquait… pour… le fait qu’on ai publié le document qui nous attaquait ? Bref, c’est de base complètement absurde, mais Jacques Englebert en fait une question de principe et utilise alors ceci comme objet d’intérêt public.

Poster une citation à comparaître, on peut ?

A noter qu’à l’origine, quand j’ai posté la citation à comparaître sur internet, j’ai demandé à mon avocat si on pouvait le faire. Il m’a dit oui. A l’audience, je lui ai demandé pourquoi est-ce qu’on en discutait si c’était légal:
– Mais maître, pourquoi on en parle si on peut le faire ?
– La loi n’indique rien à ce propos directement la juge a peut-être quelque chose à y redire
– Mais, tous ceux qui postent leurs citations à comparaître et documents de justice ils sont jamais condamnés quand même ?
– Euh mais… personne ne fait jamais ça, vous êtes le premier que je vois faire ça et c’est aussi le cas de la juge.
– (là je deviens un peu blanc) Ah… J’avais pas compris ça comme ça… 😀

Jacques Englebert fait de cette affaire un symbole de renouveau de la justice grâce au web.

Il explique à la juge que grâce à Nordpresse et de manière UNIQUE en Belgique, on a réussi à intéresser des milliers de lecteurs à la justice, on a réussi grâce à internet à remettre la justice au coeur du débat public, à l’endroit qu’elle n’aurait jamais dû quitter.
Et que cela devra faire jurisprudence et que la justice allait devoir s’habituer à être exposée directement aux yeux de tous, du monde entier. Et que c’était absolument formidable.

Il se retourne évidemment un peu vers la salle pour ajouter que jamais une salle d’audience n’avait été aussi remplie et que c’est la jeunesse qui s’est déplacée en masse pour suivre cette question et que quoi qu’on puisse reprocher à Nordpresse par ses excès, on ne pouvait pas retirer ça.

Ceci était un résumé de certains moments que j’ai pu retenir lors du procès, parfois les termes utilisés ne sont pas les mêmes et d’autres arguments étaient avancés par les deux partis.

Retour de l’avocate de Sudpresse pour la contre argumentation

Quasiment rien ne sera dit, alors qu’elle avait 15 minutes de temps de parole. 5 minutes après son retour, elle a terminé. Notamment en ayant cité une « nouvelle loi de la cour européenne sur le droit à l’image et la vie privée ».
La juge lui demande de quoi elle parle. L’avocate répond la loi du 1er mars 2016… qui rentrera en action dans 2 ans. Voilà voilà… 

Le verdict

Sudpresse a gagné.

NON C’EST FAUX, les deux parties auront une réponse dans les jours à venir.

Pour la suite des évènements, soit Nordpresse gagne et la plainte de Sudpresse est irrecevable => FIN.

Soit la plainte est recevable et il y aura une deuxième audience pour traiter du fond (ce qui a déjà été fait mais officiellement cette audience traitait de la demande de retrait de toutes données sur leur client. Ce qui était déjà fait…)

 

Un immense merci à tous les gens qui m’ont soutenu dans ce truc finalement très idiot, à tous ceux qui ont fait le déplacement parfois de l’autre bout du pays pour s’endormir sur une chaise inconfortable et à tous ceux qui m’ont soutenu par les internettes :-) Et un grand merci à notre formidable avocat Jacques Englebert qui est aussi formidable humainement que professionnellement.

Bisous !

 

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