Edito: Non, l’humour n’est pas un bon moyen de lutter contre les dérives de notre société, c’est même l’inverse.

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Court jester

Nous vivons aujourd’hui dans une société qui pense qu’en mettant des « humoristes » partout, nous pouvons renforcer la lutte contre les inégalités, contre le climatoscepticisme, contre la haine,…

Il y a désormais sur toutes les chaînes de télévision, sur toutes les stations de radio, des humoristes, que nous disons parfois engagés et qui seraient une forme de gardiens de la démocratie et de « l’axe du bien ».

Or, il est assez évident de voir que cela ne fonctionne pas. Les producteurs de billets d’humour ou d’humeur ne sont finalement que les idiots utiles d’un système cynique qui y a trouvé la valve de décompression idéale. L’humeuriste et ceux qui l’écoutent sont convaincus d’avoir à travers quelques punchlines la meilleure arme contre ce qu’ils dénoncent. Mais ceux qui apprécient ces propos sont ceux qui sont déjà déterminés et en recherche d’une confortation de leurs idées. Ceux qui les rejettent ou les ignorent ne changeront pas d’avis après l’écoute de 3 minutes de bons mots. Le statu quo plus que jamais entretenu d’une manière pernicieuse.

Les deux camps continuent à s’ignorer ou à se mépriser sans que quiconque ne change d’avis. Les uns ont la sensation de voir leurs idées gagner du terrain tandis que les autres se sentent d’autant plus exclus sans que nous ne leur expliquions pourquoi.

L’humour, la provocation, la satire, la parodie, ont une fonction, celle de distraire, mais pas de faire bouger les lignes.
Les saillies drolatiques sont tellement lisses qu’elles ne servent plus à rien. En évitant de choquer qui que ce soit, elles n’ont plus de sens. Tout ce qui est excessif est insignifiant, disait Talleyrand, est le meilleur moyen d’anéantir toute volonté forte de contestation, cherchant à instaurer une politique de compromis qui finit toujours par la compromission.

Je n’en peux plus d’entendre les questions « Est-ce que vous cherchez à dénoncer avec l’humour…? », « Est-ce que l’humour est le dernier rempart contre…? », qu’elles me soient adressées ou à d’autres.
Malheureusement de nombreux ego n’hésitent pas à utiliser ce levier pour se hisser sur le devant de la scène, faisant croire au peuple qu’ils sont importants pour la société et qu’ils réussissent avec leurs piques verbales à attaquer la carapace du système alors qu’ils n’en égratinent que le vernis.

Ego : Nom masculin. Invariable. Un ego ne varie pas, ne transige pas, ne s’abaisse pas, reste toujours au sommet de sa considération. L’ego ne peut pas prendre la marque du pluriel. Un authentique et puissant ego refuse d’être mêlé à des moi moi moi subalternes ou d’imposteurs. Un ego n’a pas d’accent sur le e. Ce serait un pléonasme. Car il est dans la nature même de l’ego de mettre constamment l’accent sur lui.

Les mots de ma vie de Bernard Pivot

Le vernis éraflé fait apparaître aux yeux de tous un semblant de blessure qui n’est finalement qu’une bribe de carapace intacte.
Il est temps de comprendre que ce ne sont pas les bouffons qui ont pris la Bastille.

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