Loic P. ne s’en relèvera pas. Ce jeune père de famille francophone, récemment arrivé à Bruges avec sa famille, faisait son footing long quotidien – il est marathonien amateur – quand soudain sur sa route surgit de nulle part Zébulon, un bouvier des Flandres du voisinage. Se propulsant sur ses puissants cuisseaux, la bête de 55kg se jeta sur lui au détour d’un bosquet, le renversant douloureusement sur les pavés. S’ensuivit alors quelques minutes d’une torture qui lui fit l’effet d’un traumatisme interminable, et dont l’homme se souviendra toute sa vie.

« Ce qu’il pensait être une caresse me fit l’effet d’une fracture à répétition » nous confie Loic, aujourd’hui en convalescence à l’hôpital local. « Alors que j’étais à terre, le chien m’empêcha de me relever en commençant à forniquer frénétiquement avec ma jambe. Je n’aurais jamais cru qu’une preuve d’amour pourrait être aussi douloureuse et laisser de telles séquelles. Je suis l’homme qui a vu l’ours, et je ne le souhaite à personne. »
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Après une longue séance de va-et-vient violents, sous l’œil médusé des passants effrayés par un tel déploiement de violence, un Zébulon visiblement très excité finit par percer le délicat épiderme de la jambe de Loic, creusant dans la chair ensanglantée de la victime. Seule l’arrivée de la police et l’usage du taser par les forces de l’ordre sut mettre fin au calvaire du jeune homme, puisque par mégarde, la première décharge manqua l’animal et fut pour lui, lui faisant perdre définitivement connaissance.

« Que les choses soient claires : c’est une marque d’affection, pas un attentat » d’après le professeur Konrad Kabot, spécialiste des comportements animaux. Est-ce pour autant acceptable ? Celui-ci renchérit « pataud, souvent à l’image de ses maitres, le bouvier des Flandres ne sait pas exprimer en douceur ses sentiments, et doit malgré lui semer la destruction partout où il sème sa semence. Les hanches des femelles sont suffisamment solides pour ce faire, mais apparemment la jambe de ce jeune homme ne l’était guère. »

Mais un autre drame eut tôt fait d’éclipser la mauvaise jambe de Loic. Malgré les suppliques de son propriétaire, l’appel à la clémence d’un Loic somme toute peu rancunier (ce qui est une qualité importante pour un francophone habitant à Bruges) ainsi que l’intervention de l’association belge de protection des chiens de fin de race, Zébulon fut euthanasié le lendemain par les services de la ville.

Face à la rapidité de l’exécution d’un animal qui, cela ne fait aucun doute, ne pensait pas à mal, et alors que le Bouvier des Flandres est depuis peu une « espèce régionale » protégée par les autorités européennes, une enquête administrative a été ouverte afin de déterminer si, oui ou non, Zébulon a été traité de façon humaine et circonstanciée.

« Ces chiens se sont courageusement démenés pour nous au cours de la Grande Guerre » rappelle le docteur Kabot. « Combien de soldats belges ont-ils sauvé par le passé? Difficile à évaluer – mais ce que nous savons par contre, c’est que lorsque votre mari fait montre d’un excès d’affection, peu de femmes le lui rendent en le mettant à mort. Une telle différence de traitement est inacceptable au XXIe siècle, nous ne sommes pas des animaux !» conclut-il.

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